« Et si tu tombes malade là-bas ? » C'est l'une des premières questions qu'on nous a posées avant de partir. Dans l'imaginaire de beaucoup de gens, se soigner en Sicile, c'est des hôpitaux vétustes et des médecins introuvables.
Notre expérience a été tout autre. Mais une chose est sûre : la question de la santé se règle avant le départ, pas une fois sur place. Selon ta situation, tu seras soigné gratuitement ou tu paieras au moins 2 000 € par an. Et pour un retraité suisse, un mauvais choix peut se payer deux fois.
Dans cet article, on t'aide à savoir dans quel cas tu es et ce qu'il faut préparer, puis on te raconte comment se passe l'inscription sur place et ce qui est vrai (ou pas) sur la qualité des soins.
Gratuit ou payant : tout dépend de ta situation
En Italie, la santé publique s'appelle le SSN (Servizio Sanitario Nazionale). Une fois inscrit, tu reçois la tessera sanitaria, ta carte de santé, et tu choisis un médecin de famille. Les soins sont les mêmes pour tout le monde.
Ce qui change, c'est qui finance ta couverture santé. Il y a trois cas possibles :
- Tu travailles en Italie (salarié ou à ton compte) : tu es inscrit d'office, gratuitement.
- Tu es retraité et tu touches seulement une pension française, belge ou suisse : c'est ton pays qui paie, grâce au formulaire S1.
- Aucun des deux : tu dois payer toi-même l'inscription volontaire.
Voyons chaque cas.
Tu travailles en Italie : c'est le plus simple
C'est notre cas. On s'est inscrits comme résidents qui travaillent en Italie, sans plus aucune attache en Suisse. Pas de formulaire à demander, rien à payer : ce sont nos cotisations sociales italiennes qui ouvrent le droit.
Si tu comptes travailler à ton compte depuis la Sicile avec une partita IVA, ou si tu es salarié d'une entreprise italienne, tu seras dans la même situation. Ton conjoint et tes enfants aussi.
Retraité français : demande ton S1 avant de partir
Si tu touches uniquement des pensions françaises et que tu n'as pas d'activité en Italie, c'est simple et ça ne te coûte rien sur place.
Le S1 se demande à ta caisse de retraite de base : la CNAV ou la Carsat pour le régime général, le service des retraites de l'État si tu étais fonctionnaire. Chaque membre de la famille a son propre formulaire. Fais-le avant de partir : des retraités installés en Italie racontent des mois d'attente quand la demande est faite une fois sur place. Ce formulaire te servira aussi pour obtenir ta residenza.
Sur ta pension, une fois ta résidence fiscale en Italie, tu ne paies plus la CSG ni la CRDS. Elles sont remplacées par une cotisation d'assurance maladie : 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la complémentaire, selon le CLEISS.
Tu restes couvert en France lors de tes séjours, comme avant. Seule la mutuelle n'est pas concernée par le S1 : vérifie avec elle si elle couvre une résidence à l'étranger.
Deux précisions. Si tu touches aussi une pension italienne, même petite, tu es inscrit d'office en Italie et tu n'as pas besoin de S1.
Et l'impôt forfaitaire de 7 % ne change rien à tout ça : on en parle dans notre article sur la retraite en Sicile.
Même logique pour les retraités belges : le S1 se demande à ta mutualité.
Retraité suisse : le choix à ne pas rater
C'est le cas le plus délicat, et celui où une erreur coûte le plus cher.
Le principe. Si tu touches une rente suisse (AVS, AI ou LPP, y compris une rente LPP anticipée dès 58 ans) et que tu vis en Italie, tu restes en principe assuré à la LAMal. Ta caisse suisse t'envoie un S1, que tu fais enregistrer à l'ASP en arrivant. Tu es soigné en Sicile comme un Italien, et tu gardes le droit de te faire soigner en Suisse.
L'exception : le droit d'option. L'Italie fait partie des pays où tu peux demander à sortir de la LAMal pour t'assurer sur place. La demande se fait par écrit à l'Institution commune LAMal, dans les 3 mois qui suivent ton installation, et le choix est en principe définitif (voir la page de l'Office fédéral de la santé publique).
Le piège. Sur le papier, l'option italienne peut sembler intéressante. Dans les faits, l'Italie traite en général le rentier suisse comme un inscrit volontaire, qui paie au minimum 2 000 € par an. L'inscription gratuite n'est prévue que pour les rentes acquises au Tessin, aux Grisons ou en Valais : un retraité vaudois, genevois ou bernois n'est pas concerné. En plus, pour accepter ta sortie de la LAMal, l'Institution commune demande la carte européenne d'assurance maladie, que l'Italie ne délivre pas aux inscrits volontaires. Résultat : des retraités ont payé l'inscription italienne tout en se voyant refuser la sortie de la LAMal. Ils ont payé deux fois.
La voie la plus sûre, pour la plupart des retraités suisses, reste donc de garder la LAMal et de faire enregistrer son S1 à l'ASP. Toutes les caisses n'assurent pas les résidents de l'Union européenne, et chacune fixe une prime par pays. En 2025, les primes « Italie » les moins chères commençaient autour de 300 CHF par mois, accident compris. Compare les primes à jour sur priminfo.admin.ch avant de choisir.
Avant de résilier ton assurance complémentaire, réfléchis bien : après 60 ans ou avec un problème de santé, il est souvent impossible de la reprendre. Et dans tous les cas, fais confirmer ta situation par écrit, auprès de l'ASP et de l'Institution commune LAMal, avant de faire ton choix.
Ni travail ni pension européenne : l'inscription volontaire
Si tu n'entres dans aucun des cas précédents (Canadien, préretraité sans rente, personne qui vit de ses économies), tu peux t'inscrire volontairement au SSN.
Depuis la loi de finances 2024, le minimum est passé de 387 € à 2 000 € par an. Le montant réel est de 7,5 % de tes revenus jusqu'à environ 20 600 €, puis 4 % au-delà, calculé sur tes revenus mondiaux de l'année précédente. L'inscription vaut pour l'année civile et ne se paie pas au prorata : t'inscrire en novembre coûte autant qu'en janvier. Elle ne donne pas non plus droit à la carte européenne : tu es couvert en Italie, pas lors de tes voyages en Europe.
Attention aussi au tout début : pour obtenir ta residenza, la commune demande à un citoyen européen sans activité de prouver qu'il a une assurance maladie complète. Prévois une assurance privée pour cette première période.
En arrivant : l'inscription à l'ASP
Une fois ta residenza obtenue, direction l'ASP (Azienda Sanitaria Provinciale) de ta province. Apporte ta pièce d'identité, ton codice fiscale, ton attestation de résidence et le justificatif de ta situation : contrat de travail, partita IVA, S1 ou reçu de l'inscription volontaire.
Pour nous, ça a pris quelques minutes. On a choisi notre médecin de famille sur une liste, à l'aveugle, faute de connaître qui que ce soit. On est repartis avec une attestation papier, valable tout de suite chez le médecin et en pharmacie. La vraie tessera sanitaria est arrivée par la poste quelques semaines plus tard.
Médecin, médicaments, spécialistes : combien ça coûte
La consultation chez le médecin de famille est gratuite, tout comme l'hospitalisation. On n'a jamais payé une consultation. Pour le reste, tu paies une participation, le « ticket » :
- médicaments : en Sicile, environ 4 € par boîte pour un médicament de marque, 2 € à 2,50 € pour un générique ;
- spécialiste ou examen (prise de sang, radio…) : au maximum 36,15 € par ordonnance, avec une ordonnance de ton médecin de famille.
Les plus de 65 ans ne paient pas de ticket si le revenu du foyer ne dépasse pas 36 151,98 € par an.
La qualité des soins : préjugés et réalité
« On ne trouve pas de médecin de famille. » En Sicile, c'est plutôt faux. D'après une analyse de la Fondation GIMBE publiée en 2025, on compte 1 161 patients par médecin de famille en Sicile, contre 1 374 en moyenne en Italie. Chez notre médecin, il n'y a pas de rendez-vous : on attend l'ouverture et on passe dans l'ordre, compte 30 minutes à une heure si tu arrives tôt. Il a toujours été rapide et efficace. Petite ombre : beaucoup de médecins de famille siciliens approchent de la retraite, surtout dans l'arrière-pays.
« Les hôpitaux siciliens sont mauvais. » C'est trop simple. Le ministère de la Santé note chaque région sur 100 points par domaine, et 60 est la note de suffisance. Pour 2024 (résultats publiés en juillet 2026), la Sicile obtient 74 pour l'hôpital et 73 pour les soins de proximité. L'île compte aussi des centres de pointe, comme l'ISMETT à Palerme, spécialisé dans les greffes.
Ce qui est vrai. Avec 196 points sur 300, la Sicile reste parmi les dernières régions, avec un vrai point faible : la prévention (dépistages, vaccination), notée 49 sur 100. Les délais pour voir un spécialiste dans le public peuvent être longs. Et pour les maladies complexes, beaucoup de Siciliens partent encore se faire soigner dans le Nord. Face aux délais, beaucoup passent par le privé, ou par l'intramoenia : une consultation privée, payante, avec un médecin de l'hôpital public, souvent plus rapide.
Pour les soins du quotidien, le système fonctionne bien mieux que sa réputation. Pour un problème lourd, il faudra parfois s'armer de patience, aller dans une grande ville, ou payer le privé.
En résumé
Avant de partir, identifie ton cas : si tu travailles en Italie, tu pourras t’inscrire à l’ASP. Retraité français, demande ton S1. Retraité suisse, ne quitte pas la LAMal sans confirmation écrite. Sans l'un ou l'autre, prévois au moins 2 000 € par an.
Pour savoir à quel moment faire chaque démarche, lis notre guide des démarches pour s'installer en Italie, dans l'ordre. Et si tu veux tout le récit de notre installation, de la residenza à la tessera sanitaria, tout est dans notre livre.
Règles et montants en vigueur en octobre 2026. Ils peuvent varier d'une ASP à l'autre : vérifie toujours auprès de la tienne.







